#68 - Qui gouverne ? Notre liberté en question - FLORE VASSEUR

#68 - Qui gouverne ? Notre liberté en question - FLORE VASSEUR

vor 5 Jahren
Snowden, Swartz… Que nous disent les lanceurs d’alerte sur l’information, la liberté, la démocratie ?Flore Vasseur est auteure, journaliste, réalisatrice et productrice de documentaires. Depuis 20 ans elle s’intéresse en particulier à une questio...
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Écologie, économie, technologie, société, géopolitique... Comprendre les secousses.

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vor 5 Jahren

Snowden, Swartz… Que nous disent les lanceurs d’alerte sur
l’information, la liberté, la démocratie ?


Flore Vasseur est auteure, journaliste, réalisatrice et
productrice de documentaires. Depuis 20 ans elle s’intéresse en
particulier à une question : qui gouverne ? Qui décide
de la marche du monde, de l’information qui nous est rendue
visible, des algorithmes qui conditionnent nos pensées et nos
actes, de ce qui se fait ou non ?


Elle a écrit un livre sur la vie d’Aaron Swartz, le jeune prodige
d’internet écrasé par la machine judiciaire américaine, elle a
rencontré Edward Snowden et en fait un film ; elle
s’intéresse à tous ceux qui dénoncent, à ceux qui s’engagent pour
faire bouger les lignes et mettre en lumière les
dysfonctionnements de nos sociétés.


Nous parlons ensemble du système médiatique et politique,
d’information, de notre goût du confort qui se substitue à notre
désir de liberté, mais aussi de joie, de liens, et de ceux qui
décident malgré tout de continuer de croire au changement et
d’incarner une autre manière d’être au monde.


ITW enregistrée le 4 mars 2021


De quoi parle-t-on ?


01:00 – Qui est Flore Vasseur ?


 


-       Son parcours
professionnel : autrice, réalisatrice et productrice,


-       Cheffe d’entreprise à
NYC, elle dit avoir été ‘programmée pour être dans l’entreprise’
jusqu’à une bifurcation à l’âge de 27 ans au moment du 11/09 où
elle commence à douter de ce qu’elle était et de ce qu’on nous
disait sur la marche du monde.


-       Depuis elle s’est mise
à tenter de comprendre pourquoi ‘on nous a envoyé des bombes’,
elle s’est alors mise à l’écriture avec une question
fondamentale : Qui gouverne ? Quelles sont les forces
en présence et qui tient nos chaînes ?


-       Puis écriture
d’articles, réalisation de documentaires et production de
documentaires avec un désir de ‘maîtriser son outil de travail’.


06:00- Quelle analyse du système médiatique actuel dans
nos démocraties ?


 


-       La
problématique : la consommation de l’information. « A partir
du moment où l’information est devenue une marchandise et
gratuite, on a tout perdu. »


-       Si c’est gratuit c’est
que tu es le produit, principe appliqué à tous les pans de la
société.


-       Les journalistes se
retrouvent face à un travail mono-tâche, il n’y a plus
d’enquêtes, plus d’analyses longues.


-       « Je connaît très
peu de journalistes heureux. »


-       On choisit ce métier
par idéal et on se retrouve assez vite soumis à la loi du marché.


-       « Je ne dirais pas que
c’est un complot, mais le résultat d’un système économique dont
on est tous responsables. »


-       La résultante une
info calibrée par les algorithmes, neutre, une soupe
informationnelle outrancière et addictive.


 


09:00- Qu’est-ce que ça changé cette façon de consommer
l’information ?


 


-       « Pour les rédactions,
ce qui est devenu important n’est plus sa valeur informative mais
sa rapidité. »


-       « Le sens est devenu
celui d’être le 1er »


-       « L’information n’est
plus un bien commun protégé mais est devenue un consommable comme
les autres à publier le plus rapidement et avec le plus de
sensationnalisme possible. »


 


10:30 – Le cas d’Aaron Swartz : en quoi son histoire
est symptomatique de la manière dont fonctionne le système et du
rapport entre pouvoir et information ? 


 


-       Fondateur du réseau
Reddit et membre de « Creative Commons ». Il s’est
battu pour que l’information soit libre, a été écrasé par le
système judiciaire US sous Obama, et s’est suicidé à l’âge de 26
ans.


-       Flore Vasseur a écrit
un livre sur Aaron Swartz


-       Elle le décrit grand
idéaliste, génie visionnaire à la croisée de la technologie et de
la spiritualité


-       Il apprend à lire seul
à 3 ans, découvre internet à 8 ans, il commence à coder seul et
dit tout de suite qu’il veut être aider.


-       « Il a une vision qui
est la sienne mais qui est proche de celle de Teilhard de Chardin
qui parle du point oméga. L’internet aurait pu être ça. »


-       « Nous les humains,
sommes la forme de vie la plus avancée car nous avons développé
une conscience de nous-mêmes, la vie se sert de nous pour donner
à l’univers une conscience de lui-même grâce à un cortex
globalisé dans lequel tout le monde échange des idées et où la
connaissance sera libre. Grâce à cette somme de connaissance, la
connaissance va s’élever jusqu’à atteindre le point oméga. »


-       Un siècle après
Teilhard de Chardin, Aaron se met à coder avec cette vision-là
d’internet (ce cortex globalisé) avec pour objectif la liberté
d’expression, partage de l’information. Internet doit être cet
outil à disposition des populations pour s’élever.


-       Il rappelle les pères
fondateurs du Web à cette vision. Le 11 septembre 2001, il
comprend que le Web est récupéré par les gouvernements pour
surveiller les populations plutôt que de les émanciper.


-       Aaron rentre en combat
à partir de là. Il télécharge notamment des publications
scientifiques financées par l’argent public pour les rendre
libres en particulier aux universités de l’hémisphère sud


-       Open Guerilla
Manifesto qui dit que c’est le devoir de tout chercheur de
publier en libre accès.


-       Le FBI le rattrape, il
risque 35 ans de prison.


-       Il craque car il
réalise que le système a choisi de ne pas adhérer à cette vision,
l’émancipation des foules par la libération de la connaissance et
d’au contraire organiser la médiocrité.





18:55 – Les lanceurs d’alerte : comment on les
définit et à quoi ils servent ?


 


-       « Ce ne sont pas
des gens qui veulent faire l’histoire mais qui veulent la
permettre »


-       Ce que les lanceurs
d’alerte soulèvent est la question suivante : en quoi telle
information permet aux populations d’être plus libres ?


-       Ce qui rassemble les
lanceurs d’alerte : une idée de justice vissée au corps.


-       Un lanceur d’alerte
c’est quelqu’un qui assiste à quelque chose de profondément
injuste, qui met en péril la dignité humaine, qui l’abîme dans
son intégrité.


-       Il va se mettre en
danger pour que l’information se révèle pour identifier ce que
cette révélation permet. L’idée de permettre est fondamentale.


-       Un lanceur d’alerte
met sa vie en péril au profit des autres, au nom de leur dignité.


 


22:40 – Comment expliquer le traitement réservé aux
lanceurs d’alerte ?


 


-       « Ça fait longtemps
que le projet politique a cessé de s’intéresser au bien-être de
ses citoyens. Le profit est plus important que la vie. C’est ce
que dit le système. »


-       « On nous a vendu que
la croissance du PIB c’était le bien être, un bien public. »


-       « On a tous cédé à
l’illusion collective que la croissance économique allait régler
tous nos problèmes. On n’a pas voulu voir les implications
écologiques. »


-       « On est dans la queue
de ce système, dans les derniers soubresauts de ce système. »


-       « Ceux qui se mettent
en travers de la route sont des empêcheurs pour ce système de se
déployer : lanceurs d’alerte, journaliste, écrivains. C’est
ce que commencent par faire toutes les dictatures, purger. »


-       « Pourquoi ? Tout
a été attaqué : ce qu’il y a dans nos assiettes, ce qu’on
apprend à nos enfants, la façon dont on se projette dans
l’avenir. Ce qui nous reste c’est la pensée critique. »


-       « Le dernier espace
libre ce sont nos idées, elles sont attaquées aujourd’hui par les
algorithmes. »


-       « Une autre illusion
collective : on s’en sortira mieux que le voisin. Le Covid
nous rappelle que ce n’est pas possible. Nous sommes tous
interdépendants. »


-       « Les lanceurs
d’alerte sont mis au pilori car ils empêchent le rebond du
système. Il faut les diaboliser pour que la médiocrité organisée
ne change pas. »





27:50 – Le cas d’Edward Snowden : son message sur
l’état de nos démocraties. 


 


-       Edward Snowden est
l’homme qui a révélé au monde l’arsenal de surveillance déployé
par les États-Unis depuis des années s’est retourné contres ses
alliés mais aussi sur la population américaine elle-même.


-       Il a trouvé une forme
d’asile politique en Russie, il y est ‘coincé’.


-       Flore Vasseur a
interviewé Snowden pour le documentaire ‘Meeting Snowden’ sur le
sujet de la faillite démocratique et non sur la technologie.


-       Flore Vasseur était
accompagnée de Brigitta Jonsdottir (député icelandaise ex proche
de Wikileaks) et Larry Lessig (inventeur des Creative Commons et
‘père spirituel’ d’Aaron Swartz).


-       L’objectif était de
comprendre ce qui reste à faire avec cette démocratie.


-       Le message d’Edward
Snowden : la loi du marché dont on est tous complices.


 


 


33:40 – Comment Snowden réagit à l’apathie des
populations devant le confort technologique ?


 


-       La grande phrase de
Snowden est : « On préfère le confort à l’humanité »


-       « Tant que c’est
pratique et confortable finalement ça me va et c’est comme ça que
le système vous tient. » 


-       Le côté pratique
l’emporte sur l’utilitaire. Ça veut dire qu’on vous manipule


-       L’effet « Tant que je
n’ai rien à me reprocher. » alors que pour être libre il faut
pouvoir avoir des endroits sûrs dans lesquels on peut déployer sa
pensée.


-       Cumul
d’illusions : J’ai tous les droits, après moi le déluge et
personne ne viendra me chercher moi.


 


37:30 – Qu’est ce qui se joue pour nous citoyens ? Qui
gouverne ?


 


-       « Une bataille de tous
les jours : aujourd’hui j’ai un smartphone, j’ai craqué,
j’ai gagné en confort et j’ai perdu autre chose. » 


-       « C’est un arbitrage
permanent entre le confort et la liberté. Il est d’autant plus
insidieux qu’il est indolore. On est récompensé à lâcher sa
liberté » 


-       « Pourtant on perd en
capacité cognitive (exemple de Google Maps et notre capacité a
nous orientes seuls), capacité qu’on ne récupèrera pas. »


-       « On perd notre
capacité à élaborer notre propre pensée. »


-       Au profit de
qui ? « C’est l’économie de l’attention (Social Dilemma)
avec l’objectif de maximiser notre temps en ligne pour récupérer
le maximum d’informations sur nous. »


-       « Tant que le business
est au-dessus de tout ce qui nous dirige, alors la question du
confort l’emportera sur toute autre considération à effet
lointain et indolore. »


 


 


41:19 –Que faire en tant que simple citoyen ? Quels
sont les leviers pour sortir de cette situation ?


 


Des gestes pratiques :


-       « Si vous êtes fou
d’info, il faut se poser la question de pourquoi. L’info c’est
une drogue. C’est de la dopamine sécrétée. » 


-       « Si vous n’arrivez
pas à décrocher. Toujours triangulariser les informations avec 3
sources différentes. » 


-       « Protéger vos
conversations. Oubliez Gmail et allez sur Proton » 


-       « Encouragez les
médias payants comme Mediapart, les valorisez. »


-       « La presse n’est pas
libre car elle est financée par la publicité donc quand on paye
l’information on met dehors les annonceurs et on garantit que les
journalistes fonctionnent sans censure. »


-       « Qui gouverne
aujourd’hui ? La peur. Aujourd’hui on en a le meilleur
exemple avec la Covid, la presse en fait des feuilletons. »


-       « Quand du business
est fait sur un sujet, il faut déclencher les warnings. Je suis
en train d’être pris au piège d’une manipulation. »


-       « Faites-vous des
désintox d’infobésité. Créez des moments sans infos, c’est une
question d’hygiène personnelle. »


-       « Lisez des écrivains
qui racontent une autre version de l’histoire. Des gens qui
protègent leur indépendance et leur pensée libre. Comprenez que
c’est précieux. »


 


 


De manière plus générale :


-       « On doit réfléchir à
moins faire et plus être. »


-       « Être c’est la
question de la relation à l’autre. On est privé aujourd’hui
soi-disant de liens avec les autres. Mais ça veut dire quoi être
en lien ? Est-ce que ce n’est pas justement dans ce
moment où nous sommes coupés des autres que l’on ne peut pas se
poser la question de la valeur de chacune de nos relations ? »


-       « N’est-ce pas le
moment d’un grand nettoyage, de se demande qui on est, ce que
l’on fait de nos journées ? »


-       « C’est le moment de
décrocher des applis et d’aller sonner chez le voisin, de faire
des choses mais en ultra proximité. »


-       « Nous sommes en
pleine crise psychique. On ne résoudra pas la crise climatique si
nous même nous n’avons pas une hygiène intérieure différente. »


-       « L’infobésité par
exemple il faut qu’on l’adresse mais ce n’est pas seulement en la
dénonçant car là on remet une pièce dans le jukebox. »


-       « Plutôt aller voir
les alternatives et qui construit des choses magiques. »


-       « Pour le moment la
peur fait plus vendre que l’espoir. »


 


 


49:37 – Comment les jeunes générations vivent l’époque
?


 


-       Film de Flore Vasseur
en court de finalisation « Bigger than us ».


-       « Le rôle de chacun
c’est de permettre, c’est même plus de faire. Permettre à la vie
de continuer, aux autres de se déployer, à la vie de grandir. »


-       « L’idée c’est de
faire avec, et non plus contre »


-       A la base du
documentaire c’était un reportage sur une jeune fille, Melati, de
16 ans à Bali qui était en train de faire interdire les sacs
plastiques sur son île.


-       « Je pensais que ce
serait un épiphénomène mais dans les mots de cette jeune fille,
j’ai entendu toute la sagesse d’un Snowden »


-       « Je me suis rendue
compte qu’il y avait plein de jeunes qui réparaient ce que notre
les générations précédentes avaient dévasté. »


-       « Le docu porte sur
les jeunes activistes sur différents sujets, l’environnement
comme la crise migratoire, les conséquences d’un monde qui a
suivi le profit à la vie. »


-       « 80 % de la jeunesse
habite hors des pays riches. Si vous voulez regarder ce qui se
passe, il faut aller regarder ailleurs. Peut-être que les pays
dits en voie de développement sont en avance de phase parce que
précisément leurs sociétés se sont déjà effondrées. »


-       « Cherchons en
nous-mêmes nos raisons d’exister. »


-       « Ces jeunes nous
disent ce que c’est que vivre aujourd’hui. Magnifiques de
dignité, de vitalité et d’envie de vivre. »


-       « Ça vient transcender
tous nos sujets très ethno-centrés. »


-       « La question du
moment est : quelles sont les raisons d’espérer ?
Qu’est-ce que je peux être ? Où sont les leviers
d’action ? »


-       « Ce qu’ils nous
disent tous c’est de l’engagement pour les autres en ultra
proximité. »


-       « Les histoires de
changer le monde, c’était les années 80, c’était le monde
d’avant. Là il faut sortir sa boîte à outils pour le réparer. »


-       « Ils ont une audace,
ils sont malins, ils sont joyeux parce qu’ils sont dans la vie. »


-       « Tout engoncés qu’on
soit dans ce que nous dicte l’algo, on a quitté la vie. La
question de la connexion au monde passe profondément par la
relation à l’autre et ce dans son environnement immédiat. »


-       « La question centrale
aujourd’hui est celle de la joie. Un truc est sûr, ça ne passera
pas par la techno. Ça ne s’appelle pas la joie, ça s’appelle la
drogue. »


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